Un nom propre pas si commun!

Le nom patronymique, ou nom de famille, apparaît en France aux alentours de l’an mil. Auparavant, un prénom suffisait à désigner les individus. Mais l’explosion démographique et les nécessités fiscales — notamment celles liées à la transmission du patrimoine — imposèrent une désignation plus précise. Ainsi naquirent les noms de famille.
Ils ont quatre origines principales :
• une particularité physique : Legrand, Lenain, Legros…
• un lieu d’habitation : Dupont, Aumont, Vertbois, Garenne (celui qui habite ou garde une garenne)
• un métier : Charpentier, Meunier…
• le nom du père : Jackson (fils de Jack).
Beaucoup d’historiens pensent que les noms devenus héréditaires sont d’abord ceux issus des toponymes.
Le mot garenne voyage avec la langue française, et pour le comprendre, il faut remonter très loin — jusqu’aux Ligures, peuple ancien, rustique et résistant, installé dès 2000 avant notre ère. Absorbés par les Celtes puis par les Romains, ils constituent le point de départ de l’évolution du français. Leur langue, première Indo-Européenne parlée sur notre territoire, a laissé des traces, notamment dans les noms de rivières comme Loire.
Après les grandes invasions germaniques, les Francs — dominants — adoptèrent la langue des dominés : le latin resta officiel.
Au fil des siècles, le roman (ou gallo-roman) s’impose, suivi du vieux français, puis de la langue d’oïl au nord et de la langue d’oc au sud, avant que le français classique, figé par Richelieu et l’Académie française (1634), ne prenne le relais.
Et le nom Garenne dans tout cela ?
Son évolution épouse celle de la langue. À l’origine, notre ancêtre commun est la langue indo-européenne (à partir de 8000 ans avant notre ère). Elle contient le radical Var, évoquant l’eau. Avec l’apparition du celte, ( le proto-celte date de 1000 ans avant notre ère ), ce radical se transforme différemment selon les cultures : en germain, Var donne Wardon, puis Waron (garder, garer) ; en anglais, war signifie « guerre ».– en gaulois, Var devient Vara (cours d’eau) ou Varros (poteau).
En y ajoutant le suffixe -enna (signifiant « entouré »), on obtient Varenna : un lieu délimité, traversé par un cours d’eau et entouré de pieux.
Avec les grandes invasions, jusqu’au Ve siècle, les langues germaniques se mêlent à ce tissu linguistique. Ainsi, Varenna (le lieu clos) et Wardon (le gardien) fusionnent en Warenna : un lieu appartenant au seigneur féodal réservé à la chasse ou à la pêche. D’autres pouvaient venir tuer du gibier ou attraper des poissons, mais ils devaient s’acquitter d’un tribut.
C’est là qu’apparaît le gardien chargé d’encaisser l’argent de la garenne, le Warenne, bientôt transformé en Garenne.
Entre le Xe et le XIIe siècle, la prononciation évolue : le W devient G, V ou Gu, prononcé GW. Warenne se décline alors en Varenne, Garenne ou Guardia.
Au XVIIe siècle, Fénelon parle du « lapin de garenne ». Au XVIIIe, on lit encore « garenne à poisson ».
Finalement, le mot n’évoque plus que le lapin sauvage et le nom de famille demeure seul gardien de ce sens ancien: Garenne.
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